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L'art des petites eaux

La réduction.

Un armagnac sort de l'alambic à un degré élevé, généralement autour de 52 à 60 % vol. À ce titre, il est brut, tendu, encore incomplet. Le vieillissement en fût va d'abord le concentrer par évaporation — cette part des anges qui prélève chaque année entre 2 et 4 % du volume — puis, très lentement, le voir descendre en degré.

Pour amener l'eau-de-vie à son degré de commercialisation, le plus souvent entre 40 et 46 % vol., le maître de chai doit réduire. C'est l'un des gestes les plus délicats du métier, et l'un des moins visibles. Un ajout d'eau brutal produit un choc : les arômes volatils se cassent, la matière perd sa netteté. 

Cette méthode qu'Eric Artiguelongue a apprise et affinée pendant vingt ans à Château Laubade s'appelle la réduction par petites eaux. On prépare en amont un mélange à faible degré d'eau très pure et d'Armagnac du lot lui-même qu'on laisse marier plusieurs semaines avant de l'introduire. L'équilibre alcool-eau se refait doucement, sans rupture aromatique.

« La réduction, c’est apaiser le feu sans en trahir l'âme. »